Il y a des domaines qui naissent d’un coup de tête, et d’autres qui portent en eux le poids de plusieurs générations. Le domaine Bachelet Vincent appartient à la deuxième catégorie. Installé au cœur de Chassagne-Montrachet depuis 2008, Vincent Bachelet ne cherche pas à séduire avec des effets de manche. Il produit des vins honnêtes, précis, ancrés dans leurs terroirs. C’est souvent ce genre de domaine qui marque le plus durablement les mémoires.
Une histoire de famille avant tout
Dans la famille Bachelet, on est vigneron de père en fils depuis quatre générations. Ce n’est pas un détail marketing, c’est une réalité qui se lit dans la façon de travailler la vigne. Vincent Bachelet est le fils de Bernard Bachelet. Il a travaillé au domaine familial avec ses frères jusqu’en 2008, avant de prendre son envol et de s’installer en plein cœur de Chassagne-Montrachet dans une grande bâtisse de négoce qui possède une cave aux voûtes sisterciennes datant du 17ème siècle.
Ce départ en solo en 2008 n’était pas une rupture, mais une continuation. Vincent Bachelet reprend le flambeau paternel avec ses propres convictions, sans trahir ce que Bernard lui a transmis. Le vignoble se morcelle naturellement à chaque génération, comme c’est l’usage en Bourgogne, et chaque branche de la famille construit son propre chapitre.
La bâtisse qu’il occupe aujourd’hui à Chassagne-Montrachet raconte elle aussi une histoire. Ces voûtes sisterciennes, taillées au 17ème siècle, témoignent d’un passé de négoce florissant dans la région. C’est dans ces caves que reposent aujourd’hui ses cuvées, dans un cadre où la pierre froide et l’humidité naturelle participent à l’équilibre de l’élevage.
🏛️ Le saviez-vous ? Les voûtes sisterciennes sont caractéristiques de l’architecture monastique bourguignonne. Les moines cisterciens, grands défricheurs du vignoble de Bourgogne au Moyen-Âge, ont laissé leur empreinte architecturale bien au-delà de leurs abbayes. Travailler dans ces espaces, c’est évoluer dans un héritage qui précède le vin lui-même.
La relève est déjà assurée. Vincent est secondé par son fils Etienne, tandis que sa fille Aurore a racheté un très beau domaine sur les hauteurs de Santenay où elle produit ses propres cuvées depuis 2019. Cinq générations de vignerons. La transmission ne s’arrête pas.
Un vignoble morcelé, des terroirs multiples
Le Domaine Vincent Bachelet s’étend sur 17 hectares principalement dans la Côte de Beaune, en appellations Maranges, Santenay, Chassagne-Montrachet, Saint-Aubin, Puligny-Montrachet, Meursault, Pommard et Gevrey-Chambertin. Parcourir le vignoble de Vincent Bachelet, c’est traverser une bonne partie de la carte des grands vins blancs et rouges de Bourgogne.
Il travaille 17 hectares de vignes composées de 60% de Pinot Noir, 33% de Chardonnay et 7% d’Aligoté. Ce triptyque résume bien l’identité du domaine : une majorité de rouge, une place sérieuse accordée au Chardonnay, et une petite part d’Aligoté traité avec autant de soin que les autres cépages. Rares sont les vignerons de cette stature à encore travailler l’Aligoté avec une telle attention.
La dispersion des parcelles n’est pas une contrainte, c’est une richesse. Chaque commune apporte sa géologie, ses expositions, son rapport au calcaire et à l’argile. Conscient de la richesse et de la diversité de chaque parcelle, Vincent Bachelet s’attache à limiter les interventions sur ses cuvées afin de préserver la typicité du terroir. Chaque vin doit donc parler de l’endroit où il a grandi, pas de la main qui l’a fait.
La viticulture raisonnée
Au vignoble, on pratique la viticulture raisonnée ou intelligente. Ce système permet de ne traiter qu’en cas d’attaques graves de maladies cryptogamiques, tout en autorisant une protection très naturelle des vignes le reste du temps. C’est une méthode souple qui ne se base pas sur le systématique.
Pourquoi cette approche plutôt que le bio certifié ? La réponse est pragmatique. En Bourgogne, les millésimes humides exposent les vignes à des pressions fongiques importantes. La viticulture raisonnée permet d’intervenir quand c’est réellement nécessaire, sans se contraindre à un dogme qui pourrait compromettre la récolte. L’objectif reste le même : obtenir des raisins sains, sans forcer la nature.
La proportion de vieilles vignes y est élevée, et les rendements sont contrôlés afin d’obtenir des raisins concentrés, juteux et qualitatifs. Les vendanges sont manuelles et le soin qui y est apporté autorise à procéder à une vinification peu interventionniste. Tout se joue à la vigne. Ce que vous récoltez détermine ce que vous mettrez en bouteille. Vincent Bachelet l’a compris depuis longtemps.
🌿 Le saviez-vous ? En Bourgogne, la viticulture raisonnée s’appuie souvent sur des outils de prévision météo pour décider des traitements. On parle de « modèles épidémiologiques » qui calculent les risques de mildiou ou d’oïdium en fonction de la température et de l’humidité. Cela permet de réduire les passages de 50 à 70 % par rapport à une viticulture conventionnelle classique.
La vinification : le moins possible, le mieux possible
Tous les vins sont élevés en fûts de chêne avec une petite proportion de fûts neufs. Pendant la phase d’élevage, ils sont régulièrement dégustés, analysés et suivis par le laboratoire d’œnologie afin d’éviter tout risque de piqûre ou de déviance aromatique. C’est l’équilibre entre tradition et rigueur technique. Le fût de chêne pour la structure et l’intégration des tanins, le laboratoire pour la sécurité sanitaire.
Respectueux du savoir-faire transmis depuis toutes ces générations, les méthodes de travail de Vincent Bachelet restent traditionnelles, sans pour autant négliger les nouvelles technologies. Ce n’est pas contradictoire. Un vigneron qui s’interdit les outils modernes par principe n’est pas plus « authentique » qu’un autre. Ce qui compte, c’est le résultat dans le verre.
Pour les blancs, l’élevage se fait sur lies fines, entre 11 et 12 mois selon les cuvées, avec une proportion de fûts neufs qui varie de 20 à 35 %. Cette variation n’est pas aléatoire. Elle s’adapte à la structure de chaque vin. Un Chassagne-Montrachet village accepte moins de bois neuf qu’un Saint-Aubin premier cru, qui a la chair pour l’absorber sans se déséquilibrer.
Le terroir bourguignon
La Côte de Beaune repose sur un empilement de couches géologiques formées il y a des centaines de millions d’années. C’est à l’édification de la chaîne alpine, commencée il y a près de 600 millions d’années, que nous devons l’apparition de la Côte Bourguignonne. Ce socle très ancien, fracturé et recouvert de sédiments marins, donne aux vins cette minéralité caractéristique qu’aucune technique de vinification ne peut inventer.
Le vignoble de la Côte de Beaune commence à Ladoix avec la montagne de Corton, où apparaît le Jurassique Supérieur. Cette partie de la côte est caractérisée par l’ampleur des affleurements marneux, contrairement à la Côte de Nuits où ils se font rares. Ces marnes calcaires favorisent le Chardonnay, ce qui explique pourquoi la Côte de Beaune domine en vins blancs.
Dans la partie la plus méridionale de la commune de Chassagne-Montrachet, mais surtout à Santenay et dans le vignoble de Maranges, on retrouve les marnes du Lias et du Trias. Ces terrains plus anciens confèrent aux vins de Maranges et Santenay un caractère plus ferme, plus terrien, qui demande un peu de patience en cave mais qui tient bien la distance.
Les cuvées : de l’entrée de gamme au premier cru
Le domaine propose une gamme cohérente, du Bourgogne village jusqu’aux premiers crus, avec un fil conducteur clair : précision et respect du fruit.
Le Bourgogne Pinot Noir passe 11 mois en fût et se garde jusqu’à 8 ans. C’est une entrée de gamme sérieuse, avec des notes de cassis et une belle rondeur en bouche. Il donne une idée juste du style Bachelet sans en épuiser la richesse.
Le Bourgogne Aligoté est une rareté dans le sens où peu de domaines de ce niveau le travaillent avec autant de sérieux. 11 mois sur lies fines en fûts de chêne, 12,5 % d’alcool, des notes de citron et de pamplemousse rose avec une pointe d’amande. C’est un vin qui désaltère et qui surprend.
🍷 Le saviez-vous ? L’Aligoté est le cépage blanc historique de Bourgogne, avant même le Chardonnay. Il a longtemps été considéré comme un cépage secondaire. Aujourd’hui, sur de vieilles vignes et avec un travail soigné en cave, il produit des vins d’une finesse qui rivalise avec des appellations bien plus cotées.
Les premiers crus concentrent le meilleur du domaine. Le Maranges 1er Cru La Fussière existe en rouge et en blanc. Le rouge, élevé 12 mois avec 15 à 30 % de fûts neufs sur des vignes vieilles, produit un vin velouté, fruité, d’une gourmandise qui surprend pour cette appellation encore sous-estimée. Le blanc, en Chardonnay pur, développe une tension minérale qui lui permet de tenir 10 ans sans difficulté.
Le Saint-Aubin 1er Cru existe lui aussi sur deux lieux-dits : En Remilly et Sur le Sentier du Clou. Deux expressions du même terroir calcaire, deux styles légèrement différents. En Remilly présente des notes florales et une bouche plus ronde ; le Sentier du Clou offre plus de droiture et de longueur. Les deux méritent 12 mois sur lies fines et se gardent facilement 10 ans.
Le Chassagne-Montrachet blanc représente peut-être la cuvée la plus attendue du domaine. Nez floral, minéral, avec des notes de noisette et une bouche opulente mais équilibrée par une belle acidité. L’élevage de 11 mois en fûts, avec 20 à 35 % de neuf selon le millésime, lui donne du corps sans l’alourdir. Sa version 1er Cru Morgeot ajoute une couche de complexité et de profondeur supplémentaire.
Le Gevrey-Chambertin rouge est la seule incursion du domaine sur la Côte de Nuits. Les vins rouges en Pinot Noir sont élevés en fûts de chêne français, souvent d’un à plusieurs vins, pour affiner la structure sans masquer la finesse du fruit. Le Gevrey se distingue par sa charpente plus ferme et sa capacité de garde : jusqu’à 15 ans pour les bons millésimes.
Visiter le domaine
Le domaine accueille des groupes jusqu’à 50 personnes, avec des visites de vignes, des visites de cave, et des possibilités d’accueil pour séminaires et mariages. Le caveau de dégustation est ouvert à la vente directe, avec expédition possible en France et vers plusieurs pays européens ainsi que les États-Unis.
L’adresse : 27 route de Santenay, 21190 Chassagne-Montrachet. L’anglais est parlé pour accueillir les visiteurs étrangers. Si vous passez dans la région, la visite des caves voûtées du 17ème siècle vaut à elle seule le détour, indépendamment des vins que vous y dégusterez.



